Collège Libre de Cholet
Projet pédagogique

Projet pédagogique

(texte écrit au début du projet en mai 2020)

Quel objectif pour notre système éducatif ? 

Dans une vision moderne et humaine de l’éducation, la réponse devrait être : aider chaque enfant à s’épanouir et l’accompagner sur la route de l’adolescence vers l’âge adulte, lui apprendre à vivre en harmonie avec les autres et avec la nature, lui permettre d’apprendre les fondamentaux dont il aura besoin tout en leur donnant du sens, mais aussi commencer à développer ses goûts et ses dons propres. Si l’intérêt de l’enfant prime, il devient alors logique de considérer qu’il doit être heureux d’aller à l’école, avant toute chose. Dans le système éducatif standard, ce n’est pas le cas pour beaucoup d’élèves, qui vont à l’école à reculons et vivent l’apprentissage comme une contrainte subie et non comme un accompagnement bienveillant qui leur est offert.

Le collège idéal devrait tenir compte de l’apport des neurosciences pour créer un contexte favorable à l’apprentissage. En effet, il existe 4 clés d’un apprentissage efficace. Tout d’abord, un enfant ne peut apprendre efficacement que s’il en a envie. Ensuite, il doit être acteur, et non rester passif tandis que les connaissances lui sont téléchargées dans le cerveau par ses enseignants. Il doit également avoir un retour suite à ses actions : c’est le principe de l’essai/erreur qui est le moteur fondamental de l’apprentissage. Pour finir, les nouvelles connaissances doivent être consolidées grâce à la répétition/réutilisation, afin de s’inscrire durablement dans la mémoire à long terme.

Donner aux élèves le goût de l’apprentissage, cela passe d’abord par leur redonner une certaine liberté de choix sur leur emploi du temps et sur les thèmes abordés. Lorsque tout nous est imposé, une réaction de rejet finit par se produire tôt ou tard. Il paraît donc judicieux de guider l’enseignement en laissant toutefois une relative liberté décisionnelle aux élèves. Cette liberté peut consister à choisir l’ordre des enseignements et/ou leur durée et/ou leur contenu. Pourquoi, si un thème à un moment donné ne reçoit aucune adhésion de la part des jeunes, ne pas en changer en cours de séance pour regagner leur attention ? On peut aussi imaginer par exemple que le programme du matin soit planifié et imposé à l’avance par l’équipe pédagogique, tandis que celui de l’après midi soit laissé au vote des élèves parmi un panel de choix, les élèves pouvant faire leurs propres suggestions. 

Le retour d’information (feedback) et le principe d’essai/erreur sont fondamentaux. L’élève a le droit de se tromper, et même il doit se tromper s’il veut apprendre, l’erreur faisant partie intégrante du processus. L’enseignant doit amener l’élève à vivre ses propres expériences et à apprendre de ses propres erreurs, elles lui appartiennent et lui sont nécessaires. Il semble par ailleurs inutile d’utiliser un système de note, qui provoque une appréhension chez les élèves, les pousse à la compétition, amène une certaine tension avec leurs parents (« je n’ai pas réussi, je vais donc être sanctionné »), et les éloigne du simple goût de l’apprentissage. Un retour de l’enseignant vers les familles peut être fait plusieurs fois dans l’année afin de rendre compte d’une part des efforts fournis par l’élève, et d’autre part de ses capacités, de ses domaines de prédilection et des domaines où il est moins à l’aise.

Rendre l’enfant acteur de son apprentissage, c’est aussi lui permettre fréquemment de sortir de l’abstraction pour aller vers le concret, c’est à dire lui proposer des manipulations réelles d’objets, d’outils, la réalisation d’expériences scientifiques. Réaliser soi même des modelages d’organes lors de cours de science, ou reproduire des mécanismes en fabriquant certains objets et systèmes, faire des exposés documentés sur divers sujets, tout cela permet d’ancrer l’apprentissage dans le réel. Il faut faire découvrir à l’élève le contact direct avec la terre : entretenir un potager, planter, protéger, nettoyer, désherber, récolter … toutes choses dont le mode de vie urbain nous a malheureusement éloigné. Dans le même ordre d’idée, devoir parfois s’occuper d’animaux en les nourrissant et les soignant permettrait de développer l’empathie, le sens des responsabilités, le contact apaisé avec la nature. 

La consolidation des connaissances acquises doit se faire de manière naturelle, en réutilisant ces connaissances dans de nouvelles situations, différentes de la situation d’apprentissage originelle. Par exemple, des échanges en anglais peuvent survenir au milieu d’un cours d’histoire, des mathématiques peuvent être utilisées pour étudier la courbe de progression de tel ou tel paramètre en SVT, une attention toute particulière doit être constamment portée à l’orthographe. Les activités de l’après midi doivent faire intervenir, lorsque c’est possible, des notions étudiées récemment afin de les exploiter de manière concrète et les consolider.

Pour créer une envie d’apprendre, il semble également pertinent de considérer les élèves comme un ensemble de personnes dont l’interaction et la coopération sont essentielles. Séparer systématiquement les élèves ne leur permet pas de mieux apprendre, mais les prive simplement du plaisir d’être en groupe et du pouvoir de la coopération. Des élèves qui communiquent et mènent une réflexion ensemble, en ne laissant personne de côté, en s’écoutant les uns les autres, en autorisant l’autre à se tromper et en l’autorisant aussi parfois à avoir raison, c’est un apprentissage de la vie dont ils auront grand besoin dans leur vie d’adulte. Par ailleurs, les élèves plus âgés ou simplement à l’aise dans un certain domaine doivent être encouragés à aider leurs camarades : leur discours est d’autant plus audible par l’autre élève, et réussir à expliquer des concepts permet de mieux les assimiler soi même. La pédagogie de projet prend tout son sens, et doit être utilisée quotidiennement.

Il semble également intéressant de développer leurs capacités orales, en les amenant régulièrement à prendre la parole face à leurs camarades. Une aisance à l’oral peut s’acquérir simplement par la répétition de ces situations, dans un contexte serein et bienveillant, sans pression. Des débats argumentés entre deux élèves ou deux groupes d’élèves peuvent les aider à organiser leur pensée, comprendre et analyser la parole de l’autre, choisir des contre-arguments, et verbaliser correctement leurs idées et arguments, sans faute de langage ni d’expression. Il est également important de développer leur esprit critique et de leur apprendre l’objectivité et la remise en question. Proposer à des élèves de présenter de nouvelles notions à leurs camarades à la place de l’enseignant est également un moyen de susciter l’intérêt des auditeurs et la concentration de l’orateur.

Comment structurer l’équipe enseignante ? Chaque matière doit avoir un enseignant référent, qui est force de proposition pour rédiger le programme de sa matière en amont de l’année scolaire, et qui prépare les cours tout au long de l’année, en planifiant les thèmes, en choisissant les activités et projets, et en préparant les supports et la logistique nécessaires. Chaque matinée de la semaine étant dévolue à une seule matière, le référent mène la séance et l’autre enseignant est présent pour l’assister et accompagner au mieux les élèves. Les rôles s’échangent ensuite les jours suivants.

En clair ?

  • Une seule classe unique, 15 élèves maximum, tous âges mélangés.
  • Bienveillance vis à vis des élèves « dys » ou « haut potentiel ».
  • Des cours le matin, des activités et des sorties l’après midi.
  • Pas d’évaluations, de notes, de moyennes ni de travail à la maison.
  • Les élèves peuvent se déplacer librement dans la classe et discuter entre eux.
  • Les cours sont pensés pour avoir du sens et être motivants pour les élèves.
  • Chaque jour, les élèves sont amenés à réfléchir à plusieurs et développer des projets, notamment manuels.
  • Chaque jour, les élèves sont amenés à s’exprimer oralement et améliorent ainsi leur confiance en eux et leur aisance à l’oral.
  • L’accent est mis sur le respect des autres, le travail en équipe, le droit à l’erreur.
  • Les élèves sont préparés au passage du brevet pour pouvoir poursuivre leurs études dans la filière de leur choix.

Quelques vidéos qui ont pu nous aider dans nos réflexions :